{"id":170,"date":"2016-04-21T18:43:36","date_gmt":"2016-04-21T16:43:36","guid":{"rendered":"https:\/\/acratie.silicon-peace.com\/?page_id=170"},"modified":"2016-05-02T17:21:57","modified_gmt":"2016-05-02T15:21:57","slug":"24-garder-les-pieds-sur-terre","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/romans\/voyage-en-acratie\/24-garder-les-pieds-sur-terre\/","title":{"rendered":"24 \u2013 Garder les pieds sur Terre"},"content":{"rendered":"<p>\u00c7a y est: je suis en route pour la Terre. Une navette m\u2019emporte vers la station interm\u00e9diaire de l\u2019ascenseur spatial, \u00e0 trente-six mille kilom\u00e8tres au-dessus de l\u2019oc\u00e9an Indien. Pour descendre sur Terre, Il faut d\u2019abord monter.<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, l\u2019ascenseur n\u2019est qu\u2019un trait de lumi\u00e8re qui accompagne la Terre dans sa rotation. Un point brillant se distingue aux deux tiers de sa longueur, comme une goutte de ros\u00e9e sur un fil d\u2019araign\u00e9e.<\/p>\n<p>Imperceptiblement, le fil tend \u00e0 prendre de la consistance. On dirait l\u2019un des longs cheveux blonds de Nielle. A cette pens\u00e9e, des larmes viennent troubler mon regard. Mon amour, pourquoi t\u2019ai-je laiss\u00e9 dans Rama? Quel espoir fou me pousse \u00e0 retourner sur Terre?<\/p>\n<p>Je contemple une tour de cinquante mille kilom\u00e8tres de hauteur plant\u00e9e sur la plan\u00e8te bleue, mais mon cerveau s\u2019obstine \u00e0 ne voir la Terre que comme un ballon de baudruche au bout de sa ficelle.<\/p>\n<p>Celle-ci est devenue un m\u00e2t sans fin auquel aucune voile n\u2019est accroch\u00e9e. La goutte de ros\u00e9e forme maintenant une grosse excroissance perc\u00e9e d\u2019alv\u00e9oles s\u2019\u00e9talant le long de l\u2019\u00e9quateur de part et d\u2019autre de l\u2019ascenseur. De nombreux vaisseaux flottent alentour. L\u2019image qui me vient \u00e0 l\u2019esprit est celle d\u2019un gros nid de frelons accroch\u00e9 \u00e0 un tronc d\u2019arbre.<\/p>\n<p>De pr\u00e8s, je r\u00e9alise enfin les dimensions r\u00e9elles de la construction. C\u2019est titanesque. Au ras de la station interm\u00e9diaire, la tour a un diam\u00e8tre de plusieurs kilom\u00e8tres. Tant au-dessus qu\u2019au-dessous, celle-ci semble se r\u00e9tr\u00e9cir progressivement. Est-ce d\u00fb seulement \u00e0 l\u2019effet de perspective? Glissant le long de ses flancs, des trains montent vers le ciel ou descendent sur Terre. Certains traversent la station \u00e0 vive allure, alors que d\u2019autres y font halte.<\/p>\n<p>Lentement, la navette s\u2019introduit dans une des alv\u00e9oles. Des bras t\u00e9lescopiques s\u2019en saisissent pour l\u2019immobiliser. Un sas souple se d\u00e9ploie et vient se coller contre l\u2019\u00e9coutille. Tout le vol s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 en apesanteur, hormis lors de la pouss\u00e9e initiale. Instinctivement, je m\u2019attends \u00e0 retrouver une pesanteur normale, avec un haut et un bas. Mais il n\u2019en est rien. Bien que rattach\u00e9e \u00e0 la terre par une amarre g\u00e9ante, la station interm\u00e9diaire est situ\u00e9e au niveau de l\u2019orbite g\u00e9ostationnaire. La force centrifuge compense exactement l\u2019attraction terrestre. C\u2019est donc en nageant comme un poisson que je quitte la navette. L\u2019exp\u00e9rience acquise dans Rama me permet de ne pas bousculer les autres passagers.<\/p>\n<p>Je me d\u00e9place dans un d\u00e9dale de couloirs sans organisation apparente. Je n\u2019ai pas la moindre id\u00e9e de la direction que je prends. Je me fie aux indications de Jiminy toujours agripp\u00e9 \u00e0 mon \u00e9paule. Bient\u00f4t, je d\u00e9bouche dans un vaste hall. A part l\u2019apesanteur, on se croirait dans un a\u00e9roport. Les passagers sont tous des terriens. Le personnel est essentiellement z\u00e9rog\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a une autre diff\u00e9rence par rapport \u00e0 un a\u00e9roport. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019attendre des heures. Un train est en partance pour la Terre toutes les dix minutes. Me voil\u00e0 donc sur le quai. Le train arrive par la gauche. Tiens, c\u2019est bizarre, \u00e7a. Pourquoi ce quai est-il horizontal? Pour descendre vers la Terre, je l\u2019aurais plut\u00f4t vu vertical.<\/p>\n<p>Un simple coup d\u2019oeil aux si\u00e8ges \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la rame corrige mon erreur. Ce que je prenais pour la gauche \u00e9tait en fait le haut. Le train est arriv\u00e9 depuis le plafond.<\/p>\n<p>Le temps que les passagers embarquent, qu\u2019ils s\u2019installent dans les si\u00e8ges superpos\u00e9s et le v\u00e9hicule entame sa descente. Une faible pouss\u00e9e tend \u00e0 me soulever de mon si\u00e8ge. J\u2019ai la bizarre impression d\u2019\u00eatre non seulement suspendu au plafond, mais \u00e9galement d\u2019\u00eatre tir\u00e9 vers le haut.<\/p>\n<p>D\u2019abord tr\u00e8s lentement, puis de plus en plus vite, le train plonge dans les profondeurs de la station. Au bout d\u2019une minute environ, nous \u00e9mergeons \u00e0 l\u2019air libre. Fa\u00e7on de parler, bien s\u00fbr, car, autour de nous, il n\u2019y a pas la moindre mol\u00e9cule d\u2019air. Tr\u00e8s vite, l\u2019essaim de frelons est hors de vue. Plus bas, la Terre est presque invisible, plong\u00e9e dans la nuit. La surface lisse et uniforme de la tour, \u00e9clair\u00e9e seulement par un faible clair de lune, est notre unique paysage. Seules les plus brillantes \u00e9toiles sont visibles, en raison de l\u2019intense \u00e9clairage de la cabine.<\/p>\n<p>La pouss\u00e9e persiste durant pr\u00e8s de vingt minutes, puis nous nous retrouvons en quasi-apesanteur, seule la force de Coriolis agit encore, nous tirant l\u00e9g\u00e8rement de c\u00f4t\u00e9. Alors, commence une longue attente. L\u2019arriv\u00e9e est pr\u00e9vue dans une dizaine d\u2019heures. Comme dans les avions long-courriers, chaque si\u00e8ge est \u00e9quip\u00e9 d\u2019une console de divertissement. Evidemment, elle dispose d\u2019un acc\u00e8s complet au r\u00e9seau. J\u2019en profite pour me mettre au courant des derni\u00e8res nouvelles.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On annonce que le vaisseau interstellaire Santa-Maria, parti pour Alpha du Centaure et oubli\u00e9 durant des si\u00e8cles, est sur le point de rejoindre la Terre. Il croise actuellement l\u2019orbite de Jupiter et retrouvera sa plan\u00e8te d\u2019attache d\u2019ici trois mois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sur la Lune, les n\u00e9gociations pour la lib\u00e9ration des humains non homos s\u2019enlisent dans d\u2019interminables arguties juridiques. On n\u2019attend pas de r\u00e9sultats concrets avant l\u2019ann\u00e9e prochaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est officiel. Pour la premi\u00e8re fois depuis plus de six si\u00e8cles, la population de la Terre est pass\u00e9e au-dessous du seuil d\u2019un milliard. Cet objectif tant attendu a pu \u00eatre atteint pr\u00e8s de trente ans avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance planifi\u00e9e, cela en grande partie gr\u00e2ce au projet Eclosionus. En effet, ces derniers mois, plus de vingt millions de terriens ont \u00e9migr\u00e9 vers la grande station Rama, rebaptis\u00e9e Eclosionus en pr\u00e9vision de son d\u00e9part prochain vers les \u00e9toiles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dommage! L\u2019Eclosionus, emportant ma Nielle \u00e0 moi, partira dans trois jours. La Santa-Maria n\u2019arrivera que dans quelques semaines. L\u2019impact historique aurait \u00e9t\u00e9 plus grand si l\u2019on avait fait co\u00efncider les deux \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Mais il est vrai que les promoteurs du projet Eclosionus ont craint de se faire voler la vedette. Depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es, ils militent pour l\u2019envoi d\u2019un vaisseau g\u00e9ant \u00e0 l\u2019assaut des immensit\u00e9s sid\u00e9rales. Et voil\u00e0 qu\u2019ils apprennent qu\u2019un petit rafiot de rien du tout, lanc\u00e9 des si\u00e8cles plus t\u00f4t, avait r\u00e9ussi la travers\u00e9e et revenait pour rafler tous les honneurs. Il fallait \u00e0 tout prix partir avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019usurpateur. Le d\u00e9go\u00fbt provoqu\u00e9 par la crise lunaire aura suffi \u00e0 convaincre la population de Rama.<\/p>\n<p>Au fil des heures, la pesanteur augmente. Nous ne sommes pas en chute libre, la vitesse est limit\u00e9e \u00e0 un kilom\u00e8tre par seconde. Le jour se l\u00e8ve sur le sud-est asiatique. Voil\u00e0 l\u2019Australie et ses d\u00e9serts. Ah! Premi\u00e8re surprise! Seul le sud du continent est d\u00e9sertique. La moiti\u00e9 nord est couverte de v\u00e9g\u00e9tation. Sans doute un des effets \u00e0 long terme du r\u00e9chauffement global.<\/p>\n<p>Le niveau des oc\u00e9ans a d\u00fb monter de plusieurs m\u00e8tres. De cette altitude, il est difficile d\u2019en \u00e9valuer l\u2019impact sur les lignes c\u00f4ti\u00e8res. Que reste-t-il du Bangladesh, par exemple? Je devrais pouvoir m\u2019en rendre compte d\u00e8s que le jour se l\u00e8vera sur le sous-continent indien, si le temps n\u2019est pas bouch\u00e9.<\/p>\n<p>Plus que cinq cents kilom\u00e8tres et je suis de retour sur la Terre. Je ne serai pas vraiment chez moi, mais tout mon \u00eatre veut le croire. Je suis submerg\u00e9 d\u2019\u00e9motions diverses. Des larmes coulent le long de mes yeux. Mes mains se mettent \u00e0 trembler. Mon rythme cardiaque a presque doubl\u00e9. Dans vingt minutes, je foulerai \u00e0 nouveau le sol de ma plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Le ciel noir se teinte lentement de bleu alors que s\u2019\u00e9teignent les derni\u00e8res \u00e9toiles. Nous entrons dans l\u2019atmosph\u00e8re. Il n\u2019y a pas de bulle de plasma autour du train, sa vitesse est insuffisante pour ioniser l\u2019air ambiant.<\/p>\n<p>Il pleut. En quelques secondes, le train est pass\u00e9 de la clart\u00e9 du soleil matinal \u00e0 la grisaille de la mousson. Dans deux minutes tout au plus, on sera arriv\u00e9. J\u2019ai le coeur serr\u00e9.<\/p>\n<p>Il y avait peu de passagers dans le train, donc pas d\u2019attente pour sortir. En revanche, une foule compacte se presse pour embarquer: les derniers candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration vers les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Cette fois-ci, je me sens vraiment dans un a\u00e9roport. Mon bagage dans une main, je d\u00e9ambule le long des couloirs. Ma main libre fouille mes poches \u00e0 la recherche d\u2019un passeport. En vain. Quel cr\u00e9tin je suis! Voil\u00e0 belle lurette que plus personne n\u2019a de passeport. La libre circulation des personnes dans tout le syst\u00e8me solaire, c\u2019est g\u00e9nial! Et dire qu\u2019en 1999, une majorit\u00e9 de mes compatriotes se cramponnait \u00e0 son petit coin de montagne.<\/p>\n<p>Et maintenant, je vais o\u00f9? Je me suis embarqu\u00e9 sans plan pr\u00e9cis, avec une seule id\u00e9e en t\u00eate: retourner sur Terre. Eh bien, voil\u00e0. J\u2019y suis. Mais je n\u2019ai pas vraiment le sentiment d\u2019\u00eatre arriv\u00e9. Il me faudra bien aller au-del\u00e0 de ce hall d\u2019astroport. En fait, l\u2019alternative est simple. Je peux m\u2019envoler tout de suite vers l\u2019Europe, pour v\u00e9rifier si le massif chablaisien se refl\u00e8te toujours dans les eaux bleues du L\u00e9man. Ou alors, du moment que je suis ici, pourquoi ne pas faire un peu de tourisme dans la r\u00e9gion?<\/p>\n<p>En attendant de prendre une d\u00e9cision, je vais aller boire un coup. Il y a un bar un peu plus loin. Je m\u2019installe au comptoir. Le barman est petit avec un gros nez rond, chauve comme un oeuf et blanc, comme moi. Je n\u2019avais plus vu quelqu\u2019un de cette couleur depuis 1999. Ainsi, le processus de m\u00e9tissage sur Terre n\u2019est pas all\u00e9 aussi loin que sur Rama.<\/p>\n<p>\u2013 Et, pour le monsieur, ce sera?<\/p>\n<p>\u2013 Un coca: frais, mais sans gla\u00e7ons!<\/p>\n<p>\u2013 Ca marche!<\/p>\n<p>Il manipule un appareil dont la fonction m\u2019\u00e9chappe compl\u00e8tement. Quelques secondes plus tard, un trou s\u2019ouvre dans le comptoir, devant moi. Il en sort un verre plein de coca.<\/p>\n<p>Devant ma surprise, le serveur m\u2019interroge:<\/p>\n<p>\u2013 Ce n\u2019est pas ce que tu as demand\u00e9?<\/p>\n<p>\u2013 Heu\u2026 Si, si! C\u2019est juste que c\u2019est la premi\u00e8re fois que je suis servi ainsi.<\/p>\n<p>\u2013 Ah! Effectivement, \u00e7a n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 comme cela. Dans mon premier bar, tout se faisait encore manuellement. Mais \u00e7a ne date pas d\u2019hier.<\/p>\n<p>Je me mets \u00e0 siroter en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce que j\u2019allais faire. Mon coeur balance entre le mal du pays, me poussant \u00e0 retourner au plus vite \u00e0 Lausanne, et la crainte que je ne reconnaisse plus rien, que la r\u00e9gion ait tellement chang\u00e9 que je me sentirai \u00e0 nouveau en exil.<\/p>\n<p>\u2013 Tu n\u2019es pas bavard, me dit le barman.<\/p>\n<p>\u2013 Non!<\/p>\n<p>Et puis, je peux voyager gratuitement. Je peux aller n\u2019importe o\u00f9 sans la moindre formalit\u00e9. Ce serait trop con de rater une pareille occasion de visiter le monde. Comme je me connais, une fois en Suisse, ou quel que soit le nom qu\u2019on y donne maintenant, j\u2019aurai la flemme de me bouger et je resterai l\u00e0 \u00e0 me lamenter sur mon pass\u00e9 perdu.<\/p>\n<p>\u2013 Tu as choisi de partir avec l\u2019Eclosionus et tu h\u00e9sites une derni\u00e8re fois, n\u2019est-ce pas?<\/p>\n<p>Une seconde h\u00e9b\u00e9t\u00e9, je regarde le barman avant de comprendre la question.<\/p>\n<p>\u2013 Heu, non! J\u2019en viens.<\/p>\n<p>\u2013 Ah? Ils sont plut\u00f4t rares, les gars comme toi. Ces derni\u00e8res semaines, je n\u2019ai eu comme clients que des barjots qui veulent partir coloniser les \u00e9toiles. D\u2019apr\u00e8s eux, c\u2019est le dernier endroit dans l\u2019univers o\u00f9 l\u2019on peut encore vivre l\u2019aventure.<\/p>\n<p>\u2013 L\u2019aventure, je sais pas. Mais pour s\u00fbr, des mois d\u2019attente pendant la travers\u00e9e, et ensuite l\u2019inconnu total. Qui sait, il est m\u00eame possible qu\u2019une fois le vaisseau arriv\u00e9 l\u00e0-haut, E.T sorte son grand tape-mouche, pulv\u00e9rise l\u2019intrus d\u2019un geste anodin et reprenne simplement sa sieste.<\/p>\n<p>\u2013 Tu n\u2019as pas l\u2019air tr\u00e8s enthousiaste pour la mission. C\u2019est ce que tu voudrais qu\u2019il leur arrive?<\/p>\n<p>\u2013 Bien s\u00fbr que non. Je leur souhaite au contraire que tout se passe bien. Surtout que j\u2019ai laiss\u00e9 la femme de ma vie l\u00e0-haut.<\/p>\n<p>\u2013 L\u00e0, je ne comprends pas. Pourquoi ne pars-tu pas avec elle? Ou pourquoi ne t\u2019a-t-elle pas accompagn\u00e9? Vous vous aimiez, non?<\/p>\n<p>\u2013 A la folie. Mais son destin est dans les \u00e9toiles. Le mien est sur Terre.<\/p>\n<p>\u2013 J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 entendu de bonnes. Mais, un gars de Rama dire que son destin est sur Terre, c\u2019est le monde \u00e0 l\u2019envers.<\/p>\n<p>\u2013 Je n\u2019y ai v\u00e9cu que six mois. En fait, je suis bien plus vieux terrien que toi, ou que quiconque d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>\u2013 Ah, ah! Bien essay\u00e9. Si tu veux me faire croire que tu es membre de l\u2019\u00e9quipage du Santa-Maria, je te rappelle que ce vieux rafiot en a encore pour trois mois avant d\u2019arriver \u00e0 quai. Mais continue, je crois que j\u2019aime bien ton histoire.<\/p>\n<p>\u2013 En r\u00e9alit\u00e9, je suis n\u00e9 au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, selon l\u2019ancien calendrier. J\u2019ai quitt\u00e9 mon \u00e9poque pour \u00e9chapper au bug de l\u2019an 2000. Je me suis fait congeler. Je voulais qu\u2019on me r\u00e9veille quelques mois plus tard, mais, pour je ne sais quelle raison, cela ne s\u2019est pas fait. Et comment j\u2019ai fini par me retrouver cinq si\u00e8cles plus tard dans une station orbitale? Alors l\u00e0, myst\u00e8re!<\/p>\n<p>\u2013 Ouais, je vois ce que c\u2019est. Tu vois: moi, pendant longtemps, j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre un caporal de la cavalerie des Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique durant la guerre de s\u00e9cession. Presque chaque nuit, je r\u00eave que je charge les sudistes.<\/p>\n<p>\u2013 Mais si, c\u2019est vrai. Je t\u2019assure.<\/p>\n<p>\u2013 Mais oui, mais oui. T\u2019en fais pas, \u00e7a te passera. Pour moi, mon mentor a mis pr\u00e8s de trois ans \u00e0 me faire comprendre l\u2019absurdit\u00e9 de mon id\u00e9e fixe. Mais maintenant, \u00e7a va mieux.<\/p>\n<p>Pourquoi continuer cette discussion?<\/p>\n<p>\u2013 Bon, c\u2019est pas tout, \u00e7a. Tu sais o\u00f9 je pourrais trouver un h\u00f4tel ou quelque chose du genre, ici?<\/p>\n<p>Le barman se penche sur le comptoir et m\u2019indique du bras le bout du couloir.<\/p>\n<p>\u2013 Tu fais deux cents m\u00e8tres par l\u00e0, ensuite tu tournes \u00e0 droite. Dans le hall au fond, tu trouveras un guichet avec l\u2019inscription \u00ab\u00a0H\u00e9bergement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2013 Merci.<\/p>\n<p>Je m\u2019appr\u00eate \u00e0 partir, mais non sans le saluer.<\/p>\n<p>\u2013 H\u00e9, Blutch!<\/p>\n<p>\u2013 Oui?<\/p>\n<p>\u2013 Mes amiti\u00e9s au sergent Chesterfield.<\/p>\n<p>Je le laisse l\u00e0, interloqu\u00e9. Ce voyage m\u2019a claqu\u00e9. Je vais dormir.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 trois jours que je glande sur cette \u00eele artificielle plant\u00e9e au milieu de l\u2019oc\u00e9an Indien. Je ne parviens pas \u00e0 m\u2019\u00e9loigner de cet ascenseur qui reste mon dernier espoir de retrouver Nielle. Plusieurs fois par jour, je l\u2019appelle pour l\u2019implorer de sauter dans la prochaine navette et de venir me rejoindre. Elle n\u2019en fait rien. Au contraire, elle aussi me supplie de remonter vers l\u2019Eclosionus tant qu\u2019il en est encore temps.<\/p>\n<p>Mais il est d\u00e9sormais trop tard. La derni\u00e8re navette va incessamment quitter le vaisseau interstellaire. Si Nielle n\u2019est pas \u00e0 son bord, l\u2019Univers n\u2019a plus de raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>La mousson s\u2019est faite oublier pour un temps. Les derni\u00e8res lueurs du jour s\u2019estompent l\u00e0-bas \u00e0 l\u2019ouest, au-del\u00e0 d\u2019une mer trop calme. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019ascenseur brille encore de mille feux, p\u00e9tant de l\u2019orgueil d\u2019une tour de Babel qui a atteint le Paradis. Lentement, l\u2019ombre de la plan\u00e8te grignote l\u2019arbre de lumi\u00e8re, ne laissant \u00e0 sa place qu\u2019une guirlande de feux rouges clignotants. Au plus profond de la nuit, seule persistera une grosse \u00e9toile blanche au z\u00e9nith.<\/p>\n<p>Il n\u2019y aura pas de Lune cette nuit. Elle se dore au soleil des Am\u00e9riques. A sa place, les \u00e9toiles se font de plus en plus nombreuses. L\u2019Eclosionus est l\u00e0, quelque part dans le ciel austral. Sa taille apparente \u00e9quivaut \u00e0 presque quatre fois celle de la pleine lune, pourtant il reste invisible. Sa surface totalement noire ne r\u00e9fl\u00e9chit pas plus d\u2019un millioni\u00e8me de la lumi\u00e8re qu\u2019il re\u00e7oit du soleil. Seul un trou d\u2019obscurit\u00e9 dans le ciel \u00e9toil\u00e9 trahit sa pr\u00e9sence. Ca y est, je le vois. Ou plut\u00f4t, je le devine lorsqu\u2019une \u00e9toile dispara\u00eet derri\u00e8re sa silhouette ou en \u00e9merge.<\/p>\n<p>Je m\u2019allonge dans la pelouse au bord de la falaise m\u00e9tallique. D\u2019ici quelques minutes, le vaisseau s\u2019\u00e9lancera vers les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Nielle est assise pr\u00e8s de moi. H\u00e9las, pas vraiment. Son image holographique flotte au-dessus d\u2019un disque dor\u00e9 pos\u00e9 sur le gazon. Une larme coule le long de sa joue.<\/p>\n<p>\u2013 Je n\u2019arrive pas \u00e0 croire que tu ne sois pas ici avec moi. Pourquoi a-t-il fallu que tu descendes sur Terre? Qu\u2019esp\u00e8res-tu y trouver? La Terre d\u2019aujourd\u2019hui est aussi diff\u00e9rente de celle de ton \u00e9poque que ne l\u2019\u00e9tait Rama. Je sais que tu m\u2019aimes. Alors, pourquoi as-tu fait cette folie? Je t\u2019en supplie. Je ne pourrai pas continuer \u00e0 vivre sans avoir compris.<\/p>\n<p>Je gaspille en silence quelques-unes des rares secondes qui nous restent avant d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>\u2013 Il n\u2019y a qu\u2019une seule chose qui a pu me faire renoncer \u00e0 toi: le fait de savoir que je vais rentrer chez moi, en 1999.<\/p>\n<p>\u2013 Mais qu\u2019est-ce que tu me racontes l\u00e0? J\u2019ai jamais rien entendu d\u2019aussi d\u00e9bile. T\u2019es vraiment le dernier des cr\u00e9tins de croire un truc pareil. Le voyage dans le temps est tout bonnement impossible et tu le sais autant que moi.<\/p>\n<p>\u2013 Pourquoi? Tu m\u2019aurais dit \u00e7a au vingti\u00e8me si\u00e8cle, j\u2019aurais pu te croire, mais entre temps on a invent\u00e9 le chronostat. Alors, pourquoi pas le chronoscaphe?<\/p>\n<p>\u2013 Mais \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir. Ralentir l\u2019\u00e9coulement du temps est une chose, l\u2019inverser est physiquement absurde.<\/p>\n<p>\u2013 J\u2019ai la preuve que suis retourn\u00e9 \u00e0 mon \u00e9poque.<\/p>\n<p>\u2013 Quoi? Ton avis de d\u00e9c\u00e8s en 76? Mais c\u2019est sans doute une erreur. Ou alors, quelqu\u2019un a usurp\u00e9 ton identit\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 Non. Tant qu\u2019il n\u2019y avait que cette date, je n\u2019y croyais pas moi-m\u00eame. Mais j\u2019ai trouv\u00e9 autre chose. Des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 un bouquin que j\u2019aurais \u00e9crit apr\u00e8s mon retour. Les quelques rares extraits que j\u2019ai pu lire ne laissent planer aucun doute. Ils relatent des faits qui se sont d\u00e9roul\u00e9s ici. J\u2019y ai m\u00eame trouv\u00e9 ton nom. Il a bien fallu que quelqu\u2019un retourne dans le pass\u00e9. L\u2019hypoth\u00e8se la plus vraisemblable, c\u2019est que ce soit moi! En plus, \u00e7a expliquerait cette histoire de mandat de transfert qu\u2019on a retrouv\u00e9 sur la caisse de mon sarcophage: c\u2019est moi-m\u00eame, apr\u00e8s mon retour, qui l\u2019aurais pos\u00e9 l\u00e0.<\/p>\n<p>\u2013 Mais pourquoi tu ne me l\u2019as pas dit plus t\u00f4t? Si j\u2019avais su que tu partais vraiment pour retourner chez toi, et pas seulement pour te perdre un peu plus, je t\u2019aurais suivi.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est justement pour cela que je ne t\u2019ai rien dit. Je ne sais encore ni quand, ni comment je parviendrai \u00e0 retourner en arri\u00e8re. Tout ce que je sais, c\u2019est que ce sera sans toi. Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 la moindre trace de ta pr\u00e9sence \u00e0 mon \u00e9poque. Il n\u2019\u00e9tait pas question que je t\u2019abandonne sur Terre apr\u00e8s t\u2019avoir fait rater la correspondance pour les \u00e9toiles. Ton destin est dans mon futur, pas dans ton pass\u00e9.<\/p>\n<p>A cet instant, le ciel s\u2019illumine. D\u2019abord juste quelques \u00e9tincelles roses serpentent \u00e0 la surface de l\u2019Eclosionus. En quelques secondes, le vaisseau entier est plong\u00e9 dans une luminescence bleut\u00e9e. Puis l\u2019espace tout autour se met \u00e0 se d\u00e9former. Les \u00e9toiles se mettent \u00e0 danser, tandis que des vagues ondulent sur la coque de l\u2019engin.<\/p>\n<p>\u2013 Nielle, c\u2019est fabuleux! Je ne sais pas ce que tu vois depuis l\u2019int\u00e9rieur. Mais depuis ici, c\u2019est \u00e9poustouflant. Je n\u2019ai m\u00eame jamais r\u00eav\u00e9 un truc pareil. C\u2019est\u2026 Il n\u2019y a pas de mots pour exprimer la beaut\u00e9 et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du spectacle. Tu m\u2019entends toujours?<\/p>\n<p>Elle me r\u00e9pond d\u2019une voix grave et bizarrement tra\u00eenante:<\/p>\n<p>\u2013 Pouurquooii esst-cce quue tuu paarlees ssouudaiin ssii viittee? Oohh! Jjee ssaaiiss, cc\u2019eesst d\u00fb\u00fb aauux\u2026<\/p>\n<p>Puis le silence. L\u2019image de Nielle est fig\u00e9e. Dans le ciel, la sarabande des \u00e9toiles s\u2019intensifie. L\u2019Eclosionus ressemble \u00e0 un pudding atteint de la maladie de Parkinson.<\/p>\n<p>Soudain, la voix et l\u2019image de Nielle reprennent vie:<\/p>\n<p>\u2013 \u2026 chronostats de l\u2019Eclosionus. Pendant le voyage, le temps sera presque stopp\u00e9. M\u00eame si le vaisseau n\u2019atteindra que le dixi\u00e8me de la vitesse de la lumi\u00e8re, les mille ans de voyage ne dureront pour nous qu\u2019une seule ann\u00e9e. Les communications doivent avoir compens\u00e9 l\u2019effet. Tu peux me r\u00e9p\u00e9ter ta derni\u00e8re phrase?<\/p>\n<p>De nouveaux, l\u2019hologramme se fige.<\/p>\n<p>\u2013 Ouais, c\u2019est mieux. Je disais que d\u2019ici le spectacle est absolument inou\u00ef. J\u2019esp\u00e8re que tout est normal, parce qu\u2019on a l\u2019impression que l\u2019Eclosionus va se disloquer d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Trois minutes s\u2019\u00e9coulent avant que ne me parvienne la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, tout est normal, rassure-toi. Le vaisseau est parfaitement stable. C\u2019est exactement le m\u00eame effet que pour les chronostats domestiques.<\/p>\n<p>\u2013 Tant mieux. Ah, je crois que vous \u00eates en train de changer d\u2019orbite. L\u2019Eclosionus commence \u00e0 rapetisser.<\/p>\n<p>Cette fois, le d\u00e9lai est de plus de dix minutes.<\/p>\n<p>\u2013 Quoi, d\u00e9j\u00e0? Mais je croyais que le d\u00e9part n\u2019aurait lieu que cinq cents secondes apr\u00e8s la mise en route des chronostats.<\/p>\n<p>\u2013 En temps terrestre, mon amour. Cela fait maintenant plus d\u2019un quart d\u2019heure qu\u2019ils sont enclench\u00e9s. C\u2019est incroyable, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du vaisseau. Sa taille \u00e0 bien diminu\u00e9 de moiti\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Eclosionus n\u2019est plus qu\u2019un point tremblotant non loin du petit nuage de Magellan. Une demi-heure s\u2019est \u00e9coul\u00e9e depuis la derni\u00e8re phrase de Nielle. Ha, voil\u00e0 son image qui s\u2019anime \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>\u2013 Bernard, c\u2019est terrifiant! En quelques secondes, la Terre s\u2019est r\u00e9duite \u00e0 une toute petite bille de rien du tout. Je n\u2019ose m\u00eame plus cligner des yeux, de peur qu\u2019elle ait compl\u00e8tement disparu au moment de les rouvrir. Te savoir l\u00e0-bas me rend folle.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est dur pour moi aussi, Nielle. Chacune de tes phrases met plus de temps \u00e0 me parvenir.<\/p>\n<p>Cette fois, l\u2019hologramme ne se fige pas, il s\u2019\u00e9teint. Une voix synth\u00e9tique standard m\u2019annonce que je serai averti lors de l\u2019arriv\u00e9e du prochain message. Je ramasse le disque dor\u00e9 et m\u2019en retourne vers l\u2019h\u00f4tel. Ici, le spectacle est termin\u00e9.<\/p>\n<p>Je dors d\u2019un sommeil agit\u00e9. Je r\u00eave que Nielle n\u2019est pas dans l\u2019Eclosionus, qu\u2019elle a pris la derni\u00e8re navette et est en train de descendre par l\u2019ascenseur. Le train va arriver au sol. Il est l\u00e0, il s\u2019arr\u00eate. Nielle va sortir. Elle\u2026<\/p>\n<p>Je suis r\u00e9veill\u00e9 par une sonnerie suivie par la voix de l\u2019intelligence domestique.<\/p>\n<p>\u2013 Une nouvelle s\u00e9quence de communication a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue de l\u2019Eclosionus. D\u00e9sires-tu la recevoir maintenant?<\/p>\n<p>Encore \u00e0 moiti\u00e9 dans les vapes, je r\u00e9ponds:<\/p>\n<p>\u2013 Oui, oui, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>J\u2019avais n\u00e9gligemment jet\u00e9 le disque dor\u00e9 au pied d\u2019une des parois de la pi\u00e8ce. L\u2019image de Nielle qui se forme est en partie incrust\u00e9e dans le mur. Maintenant, je sais qu\u2019elle n\u2019est plus qu\u2019un fant\u00f4me venant hanter mes nuits.<\/p>\n<p>\u2013 Tu sais qui est l\u00e0? Ma\u00eft\u00e9! Elle voudrait te dire bonjour.<\/p>\n<p>Nielle tourne la t\u00eate. Son visage dispara\u00eet dans le mur.<\/p>\n<p>\u2013 Viens pr\u00e8s de moi, Ma\u00eft\u00e9! Comme \u00e7a, il pourra te voir. Voil\u00e0. Maintenant, tu peux lui parler.<\/p>\n<p>Une main noire poilue \u00e9merge du mur et s\u2019agite en signe de salut.<\/p>\n<p>\u2013 Coucou Bernard. Quand tu reviendras, tu pourrais me rapporter des bananes? Il para\u00eet qu\u2019elles sont meilleures que celles d\u2019ici.<\/p>\n<p>Comment ne pas lui mentir?<\/p>\n<p>\u2013 Bien s\u00fbr, Ma\u00eft\u00e9. Je n\u2019y manquerai pas.<\/p>\n<p>Je marque une pause. J\u2019ai tant de choses \u00e0 dire \u00e0 Nielle, mais je ne sais par quoi commencer. Une pause trop longue au go\u00fbt du syst\u00e8me de communication. Celui-ci, consid\u00e9rant que j\u2019attends une r\u00e9ponse, coupe la liaison.<\/p>\n<p>Et merde. Il va me falloir de nouveau attendre des heures avant de l\u2019entendre prononcer juste une ou deux phrases. Cette fois, je ferai attention \u00e0 l\u2019emplacement de la console.<\/p>\n<p>Je reste clo\u00eetr\u00e9 dans ma chambre \u00e0 attendre la prochaine apparition de mon fant\u00f4me pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Je passe mon temps sur le r\u00e9seau \u00e0 \u00e9tudier les derni\u00e8res th\u00e9ories sur la physique temporelle. Les \u00e9quations de M\u00e9zi\u00e8res semblent montrer que, dans certaines des dimensions invisibles de l\u2019espace, le temps s\u2019\u00e9coulerait de mani\u00e8re cyclique. Les interactions avec l\u2019univers que nous percevons ne sont mesurables qu\u2019\u00e0 une \u00e9chelle inf\u00e9rieure au micron. Mais de l\u00e0 \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une machine \u00e0 remonter le temps, aucun physicien ne se risque \u00e0 en envisager la faisabilit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019intervalle entre les bribes du dialogue passe progressivement de quelques heures \u00e0 plusieurs jours. La conversation devient de plus en plus d\u00e9cousue. Je m\u2019attends \u00e0 ce que Nielle r\u00e9ponde \u00e0 ma question pr\u00e9c\u00e9dente et elle s\u2019\u00e9tonne que soudain je porte une barbe de trois jours. Etrange au d\u00e9but, cette situation devient de plus en plus p\u00e9nible, douloureuse m\u00eame. Combien de temps serai-je encore en mesure de la supporter?<\/p>\n<p>Il y a deux mois d\u00e9j\u00e0 que l\u2019Eclosionus s\u2019est \u00e9clips\u00e9 dans un feu d\u2019artifice. La derni\u00e8re apparition de Nielle la semaine pass\u00e9e a \u00e9t\u00e9 interrompue par Ma\u00eft\u00e9, qui tentait de tirer Nielle hors du champ du communicateur. Je suis comme un toxicomane en manque qui ne survit que dans l\u2019attente de sa prochaine dose.<\/p>\n<p>L\u2019annonce d\u2019une nouvelle pinc\u00e9e de Nielle me redonne un soup\u00e7on d\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>\u2013 Calme-toi, Ma\u00eft\u00e9! J\u2019arrive tout de suite. Bernard, je suis d\u00e9sol\u00e9e, mais il faut que je m\u2019absente quelques heures. Je te rappelle au plus vite. Bizou!<\/p>\n<p>Cette fois, c\u2019est la fin. Je suis submerg\u00e9 par le m\u00e9lange de deux sentiments totalement contradictoires: un d\u00e9sespoir infini et un immense soulagement.<\/p>\n<p>\u2013 Nielle! Ces quelques heures pour toi correspondent \u00e0 des ann\u00e9es sur Terre. A ce moment-l\u00e0, j\u2019aurai peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 rejoint mon \u00e9poque. Quel que soit le destin qui t\u2019attend au fin fond de l\u2019espace, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il te remplira de bonheur. Adieu, mon amour. Je t\u2019aime et je t\u2019aimerai toujours. Dans l\u2019avenir et dans le pass\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a y est: je suis en route pour la Terre. Une navette m\u2019emporte vers la station interm\u00e9diaire de l\u2019ascenseur spatial, \u00e0 trente-six mille kilom\u00e8tres au-dessus de l\u2019oc\u00e9an Indien. Pour descendre sur Terre, Il faut d\u2019abord monter. Pour l\u2019instant, l\u2019ascenseur n\u2019est qu\u2019un trait de lumi\u00e8re qui accompagne la Terre dans sa rotation. Un point brillant se <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/romans\/voyage-en-acratie\/24-garder-les-pieds-sur-terre\/\">Lire plus &#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"parent":91,"menu_order":34,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-170","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=170"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":171,"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/170\/revisions\/171"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/91"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/silicon-peace.com\/acratie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}